Blanc-Sablon et un aperçu du Labrador
Salut ! C’est François au clavier, qui vous racontera nos
péripéties en Basse-Côte-Nord, au Labrador, à Terre-Neuve et à
Saint-Pierre-et-Miquelon !
Ce matin-là, j’étais réveillé très tôt (4h AM) dans le chic (!) motel Quality
Inn de Dorval, où je séjournais près de l’aéroport de Montréal, après être
arrivé de Chine la veille avec ma mère. J’avais choisi de loger dans cet
établissement avec vue sur l’autoroute parce que je prenais l’avion à 6h30 vers
Sept-Îles… La veille au soir, Laurent, Thalie et Marianne avaient profité de ma
belle chambre pour qu’on puisse prendre quelques bières ensemble pour souligner
mon arrivée au Québec !
De manière surprenante, je n’étais pas trop fatigué (le décalage
horaire aidant) et j’ai quitté sans trop de regret ma chambre démodée bien que
confortable pour attendre la navette qui m’amènerait à l’aéroport en grignotant
un déjeuner de champion : biscuits Dad’s, café et bananes ! (le
buffet déjeuner ne débutant qu’à 6h). J’étais dans le hall à 4h45 mais nous
attendions d’autres clients qui se dirigeaient aussi vers l’aéroport. À 5h10,
le chauffeur, un peu impatient, finit par lancer aux clients de la navette, des
Inuit : « Êtes-vous prêts ? On part maintenant ! »
« Pas grave, je prendrai la prochaine ! » de lui répondre
nonchalamment le gars, encore en pyjama et visiblement pas inquiété par son
heure de départ !
Après un déjeuner plus rassasiant à l’aéroport, j’ai attendu mon vol de
Provincial Airlines, la compagnie d’aviation de Terre-Neuve-et-Labrador, tout
au bout du terminal domestique, dans un endroit où il n’y avait personne. Après
30 minutes de retard, notre petit avion, à moitié vide, partait pour Sept-Îles.
Après un bref arrêt à Québec et de nombreux snacks et boissons servis en vol
(difficile de comprendre pourquoi il y en avait autant), nous sommes arrivés à
Sept-Îles, où je devais changer d’avion pour continuer ma route vers la
Basse-Côte-Nord. Il faisait déjà plus froid ici et, du ciel, on pouvait voir
qu’il restait de la neige un peu partout dans la forêt ! Quel contraste
avec les 37 degrés de Shanghai ! Cette escale ici me rappelait notre fin
de semaine à Port-Cartier, en août 2017, tout juste avant mon départ pour
Shanghai, au cours de laquelle on avait transité par ce petit aéroport
régional !
Après un appel WeChat avec Mémé, on a finalement appelé notre vol pour
Blanc-Sablon. Parce qu’à Sept-Îles, il n’y a qu’une seule porte d’embarquement,
et ce sont les employés qui indiquent aux gens que leur avion est arrivé !
J’ai donc pris place dans le mini bimoteur Beechcraft de 18 places (9 places
uniques de chaque côté) pour un trajet comprenant toute une série de sauts de
puce : Sept-îles-Natashquan-Chevery-St-Augustin-Blanc-Sablon. Ici, on voit
la cabine de pilotage et l’escalier est rétractable : on est loin des gros
Boeing et Airbus qui font la route Montréal-Shanghai ! Comme on ne vole
pas très haut avec ces avions-là et que le ciel était clair, j’ai pu voir le magnifique
paysage qui se trouvait un peu moins de 10 000 pieds sous moi : toundra,
fleuve bleu, petits lacs, tourbières, forêts d’arbres nains… et neige ! Le
plus impressionnant demeurait néanmoins les atterrissages dans les petits
villages. En raison du vent, l’avion arrive souvent de travers vis-à-vis de la
piste, et ce n’est qu’au dernier moment qu’il se redresse pour atterrir en
ligne droite sur la courte piste devant lui. Ce qui ne semblait pas déranger
outre mesure les pilotes, qui se contaient des jokes dans la cabine tout en
atterrissant un peu tout croche ! Bref, on est ici dans le pilotage de
brousse ! (MP : Durant ma semaine de stage à La Romaine, j’ai pris le
Twin Otter, avion encore plus petit et vintage avec des sièges d’autobus
scolaire jaune. Il se manie probablement encore mieux que le
« Beech » et est encore plus excitant selon moi haha ! Le petit
village le plus épic selon moi est La Tabatière qui a une piste d’atterrissage
minuscule montée sur un plateau, j’ai adoré !)
Après un dernier arrêt à St-Augustin, qui est certainement le village
sis dans le plus bel emplacement sur ce trajet, je suis enfin arrivé au
minuscule aéroport de Blanc-Sablon, village mythique du « Far East »
québécois ! C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Mémé et rejoint la
rutilante Chevolet Cruze blanche immaculée flambant neuve, louée à vil prix au
garage de Blanc-Sablon (c’était la seule auto de location du village), qui
allait devenir notre fidèle monture pour les deux prochaines semaines (a-t-on
idée d’acheter une voiture blanche dans un endroit pareil, vu la boue, la
neige, le sable, la poussière et le sel ???) Forte de son expérience d’une
semaine à Blanc-Sablon, Mémé était déjà devenue une local et s’est empressée de
me faire visiter le lac proche de la ville (où les habitants du coin viennent
boire dans des cabanes de pêches appelées shed) et ses abords enneigés, ainsi
que le magnifique bord de mer de Blanc-Sablon. C’est là que j’ai réalisé à quel
point il ventait ici : il devait faire 3 degrés, mais avec le refroidissement
éolien pas question de rester trop longtemps hors de l’auto !
Comme j’avais faim, on est arrêtés au transit où résident les externes
et résidents en médecine à Blanc-Sablon où on a dîné de pâtes maison. Puis, le
décalage aidant, j’ai fait une sieste pendant que Mémé écoutait
« officiellement » son cours en ligne qui avait lieu cette journée-là…
Une fois un peu reposé, on est partis visiter en auto Lourdes de
Blanc-Sablon et Blanc-Sablon, deux communautés qui forment en fait un seul gros
village assez étendu disposé de part et d’autre d’une petite butte appelée le
mont Parent. Sans être moche, le village n’a cependant pas de cachet
particulier, mais il est sympathique. Quelques maisons par-ci, par-là, avec
deux ou trois commerces à gauche et à droite, des vieux camions stationnés dans
des entrées de garage, des pick-ups qui parcourent la seule « grosse »
route de ce village de bout du monde, vous voyez un peu le portrait !
Impossible de s’y méprendre cependant, car il est couronné par un gros « AVE »
placardé sur un monticule à la manière du « Hollywood » de Beverly
Hills, tout juste sous une statue de la Vierge. Blanc-Sablon est par contre
jeté en plein paysage subarctique, rempli de neige, de toundra, de montagnes
dégarnies et de vent, et c’est superbe!
Comme ce n’est pas bien gros, après 15 minutes, on avait déjà bien
visité Blanc-Sablon. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas traverser la frontière
et voir comment ça se passe au Labrador ? Spoiler alert : ce n’est
pas très, très différent, mais il y a quelque chose d’assez épique dans le fait
de se dire qu’on se balade tranquillement dans ce coin perdu et congelé du
Canada ! On a fait nos touristes
en se prenant en photo devant le panneau « Welcome to Labrador », qui
coïncidait avec un promontoire/mémorial de guerre au panorama époustouflant
mais où soufflait néanmoins un vent glacial.
Bon, il y a quand même quelque chose qui diffère au Labrador :
l’état général des routes. Sérieux, ne vous plaignez plus jamais des trous dans
les rues à Montréal, car vu la grosseur des nids qui apparaissent régulièrement
dans l’asphalte, ce ne sont pas des poules mais des autruches arctiques qui
habitent ici ! Notre expérience subséquente nous a montré que ce n’est pas
nécessairement mieux à Terre-Neuve, mais on atteint ici des sommets (ou plutôt
des creux) historiques !
Un bref arrêt au quai de l’Anse au Clair, le premier village après la
frontière, permet de réaliser que l’eau du golfe est ici d’un bleu turquoise
magnifique, et translucide à souhait. S’il ne faisait pas si froid, des hordes
de touristes avides de lagons émeraude accourraient s’y baigner ! On a
continué notre route un peu plus loin, en s’arrêtant au centre de ski de fond
de Forteau (encore couvert de neige) puis en s’offrant un balade près de la mer,
près du village et son petit cimetière (toujours en bravant le vent). Avant de
quitter le Labrador, on s’est arrêtés au dépanneur jouxtant le Robin’s de
Forteau pour acheter une spécialité terre-neuvienne : du vin de bleuet (et
aussi du chocolat expiré, moins cher car en vente !) Vous vous demandez
sûrement ce qu’est le Robin’s : sachez qu’il s’agit d’un genre de chaine à
la Tim Hortons mais propre à Terre-Neuve-et-Labrador. D’ailleurs, notre
exploration subséquente de Terre-Neuve nous a permis de découvrir des chaines
de commerces complètement inconnues au Québec : les restos Greco (pizza),
Jungle’s Jim (genre St-Hubert) et Mary Brown (poulet frit), les stations
d’essence Western Petroleum et North Atlantic, ainsi que les supermarchés
Dominion, qui assument assez bien leur passé colonial britannique ;-)
On a su qu’on était de retour au Québec quand on a dépassé la pancarte
du Labrador qui énonçait « Thank you for visiting our
province ! » sur un ton qu’on imagine suppliant (qui donc visite le
Labrador ?!?!). Du Labrador, le premier point de vue sur Blanc-Sablon est
saisissant, car on arrive du haut des montagnes ! On ne s’y est pas
attardés car il ventait toujours terriblement, et aussi parce qu’on avait rendez-vous
pour aller souper avec des collègues médecins, le physiothérapeute et une
technicienne de laboratoire. (MP : L’équipe à l’hôpital est jeune et
vraiment le fun et j’avais déjà eu la chance de m’intégrer rapidement à la vie
sociale des « outsiders », comme nous appelle). On a donc mangé avec
eux au seul resto de Blanc-Sablon : The Anchor! Ce fut une bien belle
soirée ! À 21h, les lumières ont été tamisées, la musique est devenue plus
beatbox et on est passé aux vendredis lounges dans cet établissement qui
visiblement fait office de bar local les soirs de fin de semaine !
Après cette longue journée (soulignons qu’ici, le jour dure de 5h AM à
21h, compte tenu de la saison et de la latitude nordique), on est retournés dormir
dans le transit, en compagnie du coloc qui partage l’appart des
externes-résidents (Alexandre, un externe en stage en même temps), question de
dormir un peu avant le début de notre voyage à Terre-Neuve le lendemain !
Tu sonnes comme un gars qui a laissé son parka à Shanghai.
RépondreEffacerAh quelle belle surprise! Heureuse de faire ce "roadtrip" par procuration avec vous.
RépondreEffacerUne adepte de vos blogues.
Wow! Tout a l’air epic jusqu'à maintenant! Biscuits Dad's! Atterrissage croche! Forever alone Labrador! Nids d'autruches arctiques! Je vais aller lire la suite!
RépondreEffacerQui se rappelle les pubs de Dominion avec Juliette Huot? Ceux qui ne lèvent pas la main n'étaient pas nés.
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