Fogo Island
Salut !
On était donc rendus au village de Fogo, dans notre super winnebago où
on a déjeuné le matin. La proprio de l’auberge, Diane, est ensuite venue nous
avertir : « je vous offre de dormir dans l’appartement cette nuit… Il
fera froid, ils annoncent même de la neige… Vous serez plus au
chaud ! » On l’a remercié puis on s’est dit qu’on aviserait le soir
même, sans trop s’en faire…
Le village de Fogo est blotti au fond d’une baie, fermée par quelques
petits pitons rocheux. On est allés explorer l’un d’eux via le sentier Head of
Fogo. Là, on s’est rendus compte que les icebergs étaient tout près ! Il y
en avait plusieurs de grosse taille au large. De plus petits morceaux s’étaient
détachés des grosses masses de glaces, et l’un d’eux, au hasard des grosses
vagues, est venu s’échouer sur les rochers tout près de nous ! On était
(ok, j’étais) super excité de pouvoir prendre un mini-iceberg dans mes
bras !! Ces machins-là sont quand même vieux d’au moins 10 000 ans !
Comme ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de côtoyer de près un
iceberg, on en a profité pour en casser quelques morceaux qu’on a dégusté sur
place. Qu’est-ce que ça goûte, de l’eau d’iceberg ? Honnêtement, rien. La
glace est tellement pure que ça n’a strictement aucun goût !
Du haut de Fogo Head, on avait une belle vue sur les icebergs et le
village de Fogo, même s’il ventait encore une fois beaucoup. On a continué
notre marche pour rejoindre une autre petite colline et faire le sentier
Brimstone Head. Si on se fie à la propagande locale, cet endroit a la
particularité d’être « one of the four corners of the flat Earth ».
De kessé ? Ben oui, figurez-vous qu’il y a effectivement des tarlas qui
n’ont pas beaucoup évolué depuis Copernic et Galilée, et qui pensent encore contre
toute logique que la Terre est plate. Fouille-moi pourquoi, ils ont identifié le
mont Brimstone Head à Fogo comme l’un des quatre coins de leur Terre plate. L’office
de tourisme local a saisi la balle au bond et invite désormais les visiteurs à
Fogo, « an island standing precariously on the edge of the (flat)
Earth » ! En tout cas, rassurez-vous, on a fait attention et on n’est
pas tombés dans le néant ! On a pu par contre observer de près un iceberg
de belle taille. Sur le chemin, on a croisé un Québécois qui nous a dit qu’il
avait vu des baleines. On a eu beau scruter l’horizon, on n’en a pas vu
nous-mêmes par contre !
Pour manger, on s’est éloignés un peu du village de Fogo pour
s’enfoncer dans l’île. Malheureusement, le resto qu’on visait était fermé, tout
comme le Flat Earth Coffee. Eh oui, les Flat Earthers ont même ouvert une
brûlerie sur l’île, qui se double d’un musée qui explique leurs croyances.
Dommage, on aurait vraiment aimé aller visiter le tout pour essayer de
comprendre leurs niaiseries, café en main par cette froide journée ! On
s’est plutôt rabattus sur Cod Jigger Diner, un resto/station
d’essence/dépanneur, où on s’est régalés de fish cakes (pour moi) et d’un fish
and chips un peu trop lourd (pour Mémé). Pour ceux qui se le demandent, les
fish cakes sont des genres de boulettes de morue mélangées avec des patates et
des oignons, et cuits dans la poêle. C’est un repas typique de Terre-Neuve et
c’est très bon !
On a ensuite roulé vers l’autre côté de l’île, s’arrêtant en chemin au
village de Joe Batt’s Arm où est situé le Fogo Inn. Cet hôtel super
luxueux offre, pour la modique somme de 1800$ la nuit (!!!), des chambres avec des
vues magnifiques sur la baie, dans un bâtiment vitré ultra moderne. Le prix comprend
les 3 repas par jour, cuisinés par un chef réputé qui se plie à vos caprices.
Les gueux que nous sommes ne peuvent cependant pas visiter l’endroit en dehors
d’une visite guidée qui doit être planifiée plusieurs jours d’avance : un
panneau à l’entrée spécifie que seuls les résidents et les employés peuvent
pénétrer sur la propriété… Même si c’est certain que ce genre de place aide
l’économie locale, il faut vraiment triper « endroits exclusifs » et
aimer dépenser beaucoup d’argent pour séjourner là-bas !
Enfin, on est arrivés au bout de la route, au pittoresque village
irlandais de Tilting. On a ici un véritable sentiment de bout du monde quand on
se promène à travers les maisons qui sont pratiquement les mêmes qu’il y a une
centaine d’années ! On y a fait la Turpin’s trail, une jolie promenade en
bord de mer mais pas notre préférée à date : il y en a des meilleures sur
l’île. En chemin, on a croisé un vieux « root cellar », un genre
d’entrepôt souterrain couvert d’herbes que les Terre-Neuviens utilisaient par
le passé en guise de frigo pour garder les légumes. La brochure touristique en
fait tout un plat, mais, franchement, ce n’est pas SI impressionnant que
ça !
En revenant, on s’est arrêtés sur une route près de Joe Batt’s Arm pour
regarder un iceberg de près en mangeant un biscuit ! Et vous, comment
occupez-vous vos mercredis après-midi ? ;-)
De retour au village de Fogo, on a réalisé notre ultime randonnée de la
journée : une magnifique marche le long du sentier Lion’s Den, qui court
de sommets en baies et anses près du village de Fogo. On y a observé le ballet
des mouettes et goélands qui plongent en piqué dans l’océan pour y trouver du
poisson, alors que le soleil se couchait sur les icebergs au loin ! Pas
mal comme setting ! La nuit tombait quand on est rentrés au village. On
mourrait de faim : quoi de mieux que de bons mets sino-canadiens après une
journée active à l’air pur ? Eh oui, aussi étonnant que ça puisse paraître
dans un endroit aussi perdu, l’un des deux seuls restos du village était un
resto… chinois, tenue par une famille originaire de Canton ! On a donc
soupé au « Kwang Tung » et dégusté un vrai festin : egg rolls,
chow mein, riz frit et poulet en boule de pâte à la sauce aigre-douce ! On
ne trouve rien de tel en Chine, mais c’était parfaitement satisfaisant !
Une fois revenus à Diane’s Units, on a sagement suivi ses conseils et
déménagé dans l’appartement au sous-sol de son auberge, question de ne pas trop
avoir froid cette nuit-là.
Disons qu’on a bien fait, car on a été un peu ahuris de se réveiller le
lendemain en plein hiver ! Croyez-le ou non, mais il était tombé au moins
20 cm de neige durant la nuit ! Le village était désormais enveloppé d’un
épais duvet blanc, et la tempête faisait toujours rage dehors ! Vent,
froid, neige : rien ne nous était épargné !
On avait pour plan de prendre le traversier de 10h ce matin-là. Sauf
qu’on a vite réalisé que ce serait impossible : notre auto, équipée de
pneus d’été, n’était même pas capable de monter la mini-côte pour sortir de
chez Diane’s Units ! On en grimpait la moitié avant de déraper ! Le
mari de la proprio et un gars qui travaillait à l’usine de crabe d’à côté sont
venus nous donner un coup de main. Même à quatre à pousser l’auto, il a fallu
que le pick-up nous remorque pour qu’on monte la côte ! Tout en poussant,
j’ai demandé au gars de l’usine de crabe si c’était normal cette tempête fin
mai. « Oh we
usually get a few flurries, but nothing like this. I mean, we’re in May. Give
us a break !! » haha !
Finalement, de peine et de misère, l’auto a été hissée près de la rue
(non sans que Mémé creuse le gravier de l’entrée en spinnant parce qu’elle
avait laissé le frein à main haha). Sauf que, comme la neige recouvrait la
route, il n’était pas question qu’on sorte avec nos pneus d’été : on se
serait retrouvés dans le fossé en moins de deux ! On a donc décidé
d’attendre que la tempête passe en se blottissant bien au chaud dans le petit
appartement !
Vers 14h, la neige a plus ou moins cessé, le soleil a fait fondre le tout
un peu et on a pu se risquer sur les routes, désormais libres de
précipitations. On a pu se rendre sans encombres au terminal du ferry de 16h.
On est par contre partis plus tard, car on attendait l’ambulance. Ici, les
transferts de patients dépendent du traversier ! Mettons que c’est une
autre réalité. Comme on était pressés, il n’y a donc pas eu d’arrêt à Change
Islands, ce qui nous a fait gagner un peu de temps. Sur le bateau, on a jasé au
couple de Québécois rencontrés à Brimstone Head. On a appris qu’ils avaient
dormi au Fogo Inn, qui était sur le « bucket list » de la dame.
Mettons que les items de nos bucket lists ne sont pas aussi dispendieux !
Une fois arrivés à Farewell, on a filé vers la ville de Gander, en se
faisant rattraper par la neige dans les montagnes. Heureusement, la chaussée
n’était cependant pas glissante ! On est arrivés à Gander, une autre ville
de style « banlieue ordinaire » au milieu de rien, où on a mangé du
« cod au gratin » (un ragoût de morue gratiné) dans un resto typique
dans lequel on a encore retrouvé les Québécois du bateau !
Décidément ! On a aussi profité de notre arrêt en ville pour s’acheter du
thé en rabais de la Newfoundland Tea Company dans un autre resto !
Le soir s’apprêtait à tomber. Initialement, on avait prévu se rendre à
Fortune, à 4h de Gander, mais la tempête nous a forcé à repenser nos plans. On
a finalement dormi à Charlottetown, à une heure de là, dans un motel
confortable tout en bois et au design échappé des années 70. Pour s’y rendre,
on traversait le parc national Terra-Nova, l’autre grand parc de Terre-Neuve,
qu’on visiterait au retour.
On s’est couchés heureux d’avoir survécu à cette tempête de neige
estivale !
Casser des morceaux d'iceberg millénaire, est-ce un sacrilège archéologique?
RépondreEffacerEtiez-vous mieux chaussés que l'auto? Et je vois qu'il y a des fish cakes à la Poissonnerie de Blanc-Sablon;-) http://www.poissonnerieblancsablon.com/products.html
RépondreEffacerOoooh je vais aller voir ça en revenant!
EffacerVotre tempête était encore printanière. http://nationalpost.com/news/canada/summer-snow-falls-in-parts-of-newfoundland-heavy-rain-expected
RépondreEffacer