Parc Gros-Morne
En se levant ce matin-là, on a choisi de ne pas déjeuner au chalet (on
avait apporté bagels et beurre d’arachide) car Mémé avait vu sur Tripadvisor
qu’un petit café du coin faisait des déjeuners apparemment encensés par les
internautes. On a déchanté une fois sur place, car le gars qui runnait le petit
établissement nous a dit qu’il avait mis fin aux déjeuners et qu’il offrait
désormais quelques toasts et muffins en libre-service… On peut se demander
pourquoi diable un restaurateur déciderait de mettre fin au service qui lui
vaut des éloges en ligne et lui attirerait donc une clientèle conséquente, mais
bon, n’insistons pas… Finalement, on est
allés déjeuner au Java Jack’s, le resto où on était allés la veille (Rocky
Harbor, ce n’est pas bien gros), où la proprio était bien heureuse de nous
retrouver.
Une fois bien sustentés, on a pris la voiture pour l’accueil du parc de
Gros-Morne, où on a eu la surprise d’être servis par une Québécoise
francophone ! Le parc Gros-Morne (« GroSS-MÔrne » comme on dit
en anglais ici) étant très étendu, on a donc décidé d’aller en explorer la
partie sud pour la journée. Pour s’y rendre, la route serpente entre mer,
montagne, rivières et lacs, et c’est magnifique ! Si on résume,
Gros-Morne, c’est une baie-fjord aux bras multiples, qui s’enfonce dans les
terres précisément à l’endroit où une chaîne de montagnes, les Long Range
Mountain (une partie des Appalaches), émerge à 800-900m par rapport au niveau
de la mer. Le tout a été sculpté par le passage des glaciers. Honnêtement, le
panorama qui s’offre au visiteur à chaque tournant de la route est sublime. Au
moment où nous y étions, la neige n’avait pas encore fondu sur les sommets,
renforçant d’une touche de blanc le caractère spectaculaire du paysage dominé
par l’eau bleue-turquoise, le ressac blanchâtre des vagues, le vert foncé des
épinettes, le vert tendre des bourgeons et le gris-noir des parois rocheuses.
Bref, c’est définitivement un must pour tout voyageur qui se rend à
Terre-Neuve !
On s’est évidemment arrêtés à plusieurs points de vue avant d’arriver
dans une section étonnante du parc, les Tablelands. C’est en fait une vallée
alpine de haute altitude, presque sans arbres (on y trouve seulement des
arbustes). Le tout rappelait la Patagonie ! Comme en Patagonie, la
température est très changeante dans le parc (et à Terre-Neuve en
général) : il ventait épouvantablement fort et il faisait donc très froid,
et en plus il s’est mis à pleuvoir ! Ne reculant devant rien, on a quand
même débuté notre randonnée sur le sentier Green Gardens, en bravant les
éléments (il y avait aussi de la neige sur le sentier par endroits)!
Rapidement, malgré notre équipement imperméable, on a été trempés ! J’ai
eu les pieds mouillés en 20 minutes (mes souliers sont décidément à changer…)
et, éventuellement, à mi-sentier, le moral de Mémé est venu à baisser
dramatiquement… On a cependant résisté au désir de rebrousser chemin, on a vu
des pattes de caribou (?) et on est finalement arrivés aux Green Gardens en
question : des prairies herbeuses en face des falaises ! Sérieusement,
ce cadre magnifique (mais très venteux), qui rappelait probablement les
falaises irlandaises, valait amplement nos souffrances ! Heureusement, la
pluie a cessé !
Sur le chemin du retour, on a été engloutis par un gros brouillard à
couper au couteau ! Une fois avoir retrouvé l’auto, on est partis pas trop
loin faire le sentier des Tablelands. Le décor était très différent :
aucune végétation ou presque, que des roches jaunâtres au milieu desquelles
coulait une rivière bleue-gris et de hautes parois rocheuses. Le brouillard ne
nous permettait pas vraiment de voir très loin dans la vallée glaciaire qu’on
explorait, et où il n’aurait pas été étonnant de trouver un vrai glacier tant
la ressemblance de l’endroit avec la Patagonie était frappante. En revanche, le
bout du sentier où figurait une chute d’eau était affligé d’un vent glacial à
écorner les bœufs ! À un certain moment, il a venté si fort que l’eau de
la rivière a été soulevée pour former une mini-trombe d’eau qui s’est abattue droit
sur nous ! C’est assez impressionnant !
On a quitté la vallée des Tablelands pour revenir vers Rocky Harbor, en
s’arrêtant à plusieurs points de vue en chemin. À l’un d’entre eux, on a vu une
vallée suspendue, i.e. un creux en altitude entre deux montagnes, œuvre d’un
glacier il y a fort longtemps. À un autre, il faisait tellement froid que le
petit lac du sommet d’à côté n’avait pas encore calé et qu’un gros banc de
neige obstruait le stationnement ! On se rappelle que nous sommes fin mai !
Un peu avant de revenir à Rocky Harbor, on a fait un détour par le
village de Norris Point, situé dans un emplacement enchanteur tout juste à
l’entrée de la baie. Si vous allez dans le coin, c’est là que je recommanderais
de dormir ! Par contre, comme il était tard (20h30 environ) et que les
gens du coin soupent tôt, il n’y avait plus rien d’ouvert. On est donc allés
manger une lasagne satisfaisante à Rocky Harbor au resto familial Fisherman’s
Landing, avant d’aller se reposer après cette journée très physique !
Ce billet prouve que même le froid peut être exotique.
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