Le long du Cape Shore


Salut ! C’est toujours François au clavier !

Ce matin-là, on s’est levés pour découvrir une journée magnifique : gros soleil, pas trop froid, parfait ! Après un déjeuner à l’hôtel où j’ai englouti trop de calories (merci, muffin double-chocolat du Costco), on est partis visiter l’attraction phare de Plaisance : Castle Hill. Il s’agit en fait des ruines des fortifications que les Français ont bâti pour défendre la capitale de leur colonie terre-neuvienne, qui a perduré jusqu’au début du XVIIIe siècle. On était passés devant la veille et la grille était fermée, l’endroit n’ouvrant ses portes que le 1er juin… Nos espoirs n’étaient donc pas très grands de pouvoir y aller, mais on avait décidé de tenter notre chance quand même. Quelle ne fut pas notre surprise de voir que les portes étaient désormais ouvertes ! Après avoir stationné l’auto, un employé nous a dit qu’ils n’étaient pas encore officiellement ouverts mais qu’on pouvait visiter quand même, pendant qu’ils faisaient l’entretien ! Super !

Pour le fanatique d’histoire/nerd que je suis, la visite de cet endroit m’a beaucoup intéressé. En effet, on oublie souvent que Terre-Neuve était, au XVIIe-XVIIIe siècle, divisée en deux colonies, l’une britannique, l’autre française, à peu près perpétuellement en guerre. Au cours de l’une de celles-ci, les forces françaises ont même réussi le tour de force de conquérir tous les villages de la colonie anglaise de Terre-Neuve sauf deux, grâce à une audacieuse campagne menée par Pierre Le Moyne d’Iberville (le même que vous connaissez, oui oui). Le traité de paix suivant cette guerre annulera ces gains, mais tout de même, il fut une époque où Terre-Neuve était pratiquement devenue française ! C’est assez dur à croire aujourd’hui, dans une province où l’Union Jack était toujours le drapeau provincial en vigueur jusqu’en 1980. Cependant, beaucoup de noms de villages du Sud de Terre-Neuve (là où se trouvait la colonie française) ont des consonances francophones évidentes (François, Grand Le Pierre, Jean-de-Baie, Beau Bois, Fermeuse, etc…), vestige de ce passé méconnu dont on ne parle pratiquement jamais dans nos cours d’histoire.

Bref, il reste de l’époque française à Plaisance quelques forts et bastions, stratégiquement placés au sommet des quelques montagnes qui surplombent le port et la ville. Le temps était superbe et se promener dans les sentiers était bien agréable. Par hasard, on a croisé une employée francophone d’un certain âge qui nous a visiblement appréciés car elle nous a offert de nous faire faire une visite guidée ! Comment refuser ? On est donc passé à travers le petit centre d’interprétation alors qu’elle nous résumait les conflits France-Grande-Bretagne en agrémentant le tout de quelques commentaires personnels : « Ah les Anglais… Comme dirait mon père : les côlisses ! » (j’espère qu’elle ne dit pas ça devant un public anglophone haha !) On a aussi eu droit à un récapitulatif sur la pêche à la morue et Mémé a eu le privilège de dépecer une morue toutou haha !

Après cette visite, on a roulé le long de la côte, dans un secteur appelé « Cape Shore ». Au gré des vallons et des petites anses, on a fini par atteindre Cape St.Mary’s, au bout d’un chemin à une voie tracé dans une prairie battue par les vents. Là-bas nous attendaient, à la fin d’un court sentier, des milliers d’oiseaux sur un rocher à proximité et dans les falaises ! C’était un spectacle franchement impressionnant : les oiseaux étaient vraiment tout près de nous ! Je n’avais pas vu de fous de bassan depuis notre périple familial à l’île Bonaventure en 1996 : disons que j’ai été servi ! Les oiseaux volaient jusqu’à la falaise, arrachaient des brindilles et de la terre, et transportaient le tout dans leur bec jusqu’à leur nid pour le solidifier. C’était un ballet incessant fascinant à regarder !

On a ensuite repris l’auto pour s’arrêter pique-niquer devant la mer dans le petit village perdu de Branch. Ce fut l’occasion de tester la bouffe déshydratée que Mémé avait acheté en faisant bouillir de l’eau avec notre nouveau petit réchaud à brindilles ! C’est une petite merveille ce truc : vous ramassez quelques brindilles, vous mettez un peu de papier, vous allumez le tout avec une allumette et hop ! Vous avez un four à convection lente, entièrement sécuritaire et parfait pour faire bouillir de l’eau ! Pas besoin de trimballer de lourds (et dangereux) bidons de gaz !

Pendant qu’on mangeait, un gars de la place est venu nous jaser ça sur son 4 roues. On est pourtant assez habiles en anglais mais il avait un accent terre-neuvien incompréhensible, à couper au couteau ! Faut dire que c’était un vieux pêcheur qui n’était jamais sorti de son village, sauf rares occasions ! En tout cas j’avais avec lui la même attitude que quand on me parle en chinois : je me concentrais intensément et, bien que je devinais le sens général du message, je ne réussissais malgré tout à ne comprendre réellement qu’une partie de ce qu’il me disait !

Repus, on a continué notre route en direction de St. John’s. En chemin, on s’est arrêtés au minuscule parc provincial des Cataractes, une jolie halte routière où on s’est délectés de bons gags liés aux problèmes de vision des personnes âgées tout en admirant les chutes (oui, on est épais de même). Puis, ce fut un passage éclair par le village de Colinet et sa soirée dansante pour le Canada Day organisée par la Logger’s Association du coin ! Honnêtement, j’ignorais qu’il pouvait exister un événement avec autant de stéréotypes canadiens !!! J’espère que la chemise à carreau sera obligatoire !

Après un moment, on est sortis du bois pour rejoindre la Transcanadienne, et, tout à coup… Bang ! St. John’s ! Des autoroutes (au moins 2-3)! De la circulation (un peu, vers 17h !) ! Des places de stationnement avec des parcomètres (qui ne fonctionnent pas, mais bon) ! Des gratte-ciels (5-6, de 10 étages chacun) ! Bref, on était de retour dans la civilisation, après des jours et des jours de nature sauvage et de villages perdus !

Mémé nous avait réservé un appartement pour la durée de notre séjour dans la grande-ville, les HomePort Apartments, un peu en retrait du centre-ville. Compte tenu de leur emplacement sur la route menant à l’Université Memorial, on pense que c’était probablement d’anciennes résidences étudiantes reconverties en « suites » d’hôtel ! Cela dit, c’était tout fraichement rénové et très agréable.

Pour souper, contrairement à d’habitude, on avait l’embarras du choix ! On s’est finalement rendus au Peaceful Loft, dans le centre-ville de St. John’s. Tripadvisor disait des merveilles de ce resto macanais vegan… et on est entièrement d’accord !! C’était honnêtement délicieux ! Alors que Mémé se délectait de boulettes de simili-poulet sautées aux cachous, je découvrais pour ma part le « FeiZhou LaJi », le (simili)-poulet africain épicé de Macao ! C’est un plat typique de cette ville du sud de la Chine, qui mêle influences chinoises, portugaises et africaines dans une même assiette. C’est certain que j’essaie d’en retrouver à Shanghai ! Le proprio, un adorable papy Chinois de Macao établi à St. John’s depuis une vingtaine d’années, se faisait un point d’honneur à venir discuter avec tous ses clients. C’est le genre de personne qui aime vraiment sa job, et ça se sent ! Son histoire personnelle était très intéressante : ingénieur à Macao, il avait immigré au Canada un peu avant la rétrocession de Macao à la Chine. Pour une raison obscure, il avait décidé de s’établir à Terre-Neuve. Le choc thermique entre la chaleur humide suffocante de la Chine méridionale et le froid glacial des hivers à St. John’s a dû être intense ! Bref, arrivé dans sa ville d’adoption, il a été incapable de se trouver du travail comme ingénieur (diplôme non reconnu, niveau d’anglais insuffisant… une histoire d’immigration classique). Végétalien et Chinois dans une province où on mange de la viande/du poisson sans arrêt et qui compte assez peu de Sino-Canadiens, il a aussi été confronté rapidement à un autre problème : comment faire pour se nourrir? C’est à ce moment qu’il a commencé à chercher sur Internet des recettes de plats chinois qu’il a adapté à son régime. Au début, de son propre aveu, les résultats étaient souvent désastreux : il n’avait jamais vraiment cuisiné auparavant et encore moins tenté de substituer de la viande par un équivalent végé dans des recettes ! Éventuellement, il est cependant devenu assez habile et a pris goût à ce nouveau passe-temps, au point où il a eu l’idée d’ouvrir son propre restaurant. Depuis, son succès ne se dément pas : il trône au sommet de la liste des restos de Tripadvisor de St. John’s depuis des années (devançant des établissements autrement plus prestigieux) et son petit local sans prétention était plein à craquer quand nous étions là ! Bref, une belle histoire d’intégration réussie, qu’il doit en grande partie à sa détermination, sa résilience et son humilité !

Question de digérer ce délicieux repas, on s’est ensuite baladés dans St. John’s. Maisons multicolores (qu’on appelle ici les « jellybean row houses »), rues en pente, proximité d’un port en plein centre-ville… La ville a de petits airs de ressemblance avec Québec ! On a passé rapidement sur George St, la rue des pubs : c’est apparemment l’endroit où l’on en retrouve le plus au km2 au Canada. Cela dit, c’était un petit peu glauque, il n’y avait personne… Je suppose que l’ambiance est meilleure la fin de semaine !

On est ensuite revenus en auto aux HomePort Apartments, après avoir fait un détour par des rues tranquilles bordées de demeures victoriennes cossues (le Sillery ou Outremont de St. John’s !) On a fait un nécessaire lavage (merci Mémé !), on a un peu écrit le blog avec un thé (merci François !) et on est allés dormir en écoutant la circulation achalandée (not) du boulevard sous notre fenêtre.

À bientôt !

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