St-Pierre-et-Miquelon (partie 2)
Je jubilais le lendemain matin, alors qu’on avait droit à un buffet
déjeuner incluant notamment d’excellentes viennoiseries ! Ah, la
France !! Puisqu’il ne pleuvait plus, on en a profité et on est partis
vers le port pour visiter les portions de St-Pierre qu’on n’avait pas vues la
veille. On a donc marché le long du bord de l’eau. On y a découvert les
salines, de petites cabanes colorées dans lesquelles les pêcheurs gardent leur
matériel, avant de se rendre au petit phare de la pointe aux canons, noyé dans
la brume. On a finalement abouti à l’info touristique de la place Charles de
Gaulle, où on s’est enquis de la manière de se rendre à l’île aux marins, à 15
minutes de bateau de St-Pierre. « Pour l’île aux marins il faut payer
comptant, et en euros », de nous dire la fille, une étudiante visiblement
pas trop au courant. Parce qu’ici, c’est l’euro qu’on utilise ! Bon, les
dollars canadiens sont acceptés partout, mais on perd au change, et jusqu’à
date, on n’avait payé que par crédit. On s’est donc résignés à sortir des euros
au guichet automatique… pour se rendre compte au comptoir des billets du bateau
de l’île aux marins qu’on pouvait payer en $CA !! Come on, un peu de
rigueur, vérifiez vos affaires avant de dire n’importe quoi !! Grrrr…
C’est avec quelques familles qui profitaient de leur fin de semaine
qu’on est partis sur Le p’tit gravier, un bateau de pêche reconverti en
traversier, en direction de l’île aux marins. On ne voyait pas grand-chose dans
la brume, mais l’île et ses vieilles maisons se sont graduellement découpées
fantomatiquement de la brume après un trajet d’une quinzaine de minutes.
On a ensuite marché tranquillement sur l’île, une étendue vallonnée et
herbeuse où subsistent encore quelques vieilles demeures. Auparavant, l’île,
toute proche de St-Pierre, était habitée à l’année par les pêcheurs. C’était un
village en soi, avec son église, son école, son magasin et – naturellement –
ses deux cafés (on est en France, après tout). On y séchait la morue sur la
grève, on y cultivait quelques légumes, on y réparait les doris (les chaloupes
de pêche)… bref, il y avait toute une petite communauté ici. L’île a graduellement
été abandonnée au fur et à mesure que la pêche déclinait dans la région.
Aujourd’hui, il s’agit d’avantage d’un musée à ciel ouvert sur une autre
époque. Quelques St-Pierrais y ont aussi des maisons secondaires. En tout cas,
c’était très beau et très zen ! On y a pique-niqué (excellents sandwichs
baguettes achetées au dépanneur près de l’auberge St-Pierre), on y a exploré
les bâtiments, les ruines du fort et une épave échouée là depuis les années
1970 avant de revenir à St-Pierre, deux heures plus tard. Sur le quai, on a
croisé les amies Américaine et Canadienne, et le couple de Torontois. Disons
que l’archipel est minuscule, et qu’on revoit conséquemment souvent les mêmes
personnes !
La ville de St-Pierre n’occupe qu’une petite partie de l’île éponyme.
L’intérieur et les autres côtes, mal protégées des assauts des flots, demeurent
encore sauvages. Un vaste réseau de sentiers sillonne le tout, et on s’était dits qu’on profiterait
de l’après-midi pour en explorer une partie. Après un arrêt au belvédère
surplombant St-Pierre, on a débuté notre randonnée dans l’île. Le paysage était
très semblable à Terre-Neuve : collines rocheuses, petits ruisseaux et
étangs, tourbières, toundra et boisés de petits arbres rabougris. Compte tenu
du brouillard toujours persistant et des sentiers mal indiqués, on n’a pas fait
exactement ce qu’on avait planifié. Cependant, c’était bien beau et sauvage.
On a eu la chance que le brouillard se dissipe précisément au moment où
on arrivait à un point de vue de l’autre côté de l’île, ce qui nous a permis
d’apercevoir l’île de Langlade, reliée par une dune à Miquelon. On ne s’y
rendrait cependant pas pour des questions de temps et de logistique. Le
brouillard et la bruine sont revenus par la suite alors qu’on revenait par St-Pierre.
Sur le chemin du retour, on a constaté qu’un barrage retenant les eaux d’un lac
en haut de St-Pierre était en fort mauvais état : on espère qu’un déluge
ne touchera pas la ville prochainement !
Le sentier nous faisait revenir dans la banlieue de St-Pierre, ce qui
nous permis de visiter d’autres secteurs de la ville. On a pu notamment voir le
calvaire local et le « fort Lorraine », un poste d’observation
construit par les Forces françaises libres lors de la Seconde guerre mondiale.
En passant, vous saviez que, pendant près d’un an et demi, suite à la défaite
de la France en juin 1940 et à l’instauration du gouvernement de Vichy (qui
collaborait avec l’Allemagne), St-Pierre-et-Miquelon était officiellement un
territoire de France occupée allié à l’Allemagne nazie ? Les troupes de
Charles de Gaulle l’ont officiellement libéré en décembre 1941, alors que le
Canada avait préparé des plans pour envahir l’archipel, officiellement ennemi !
De retour au centre-ville, quoi de mieux pour mettre fin à cette belle
journée qu’un souper à la crêperie locale ? Évidemment, étant donné
le peu de restos sur l’île, on y a retrouvé les deux amies anglophones et le
couple d’Albertains ! On s’est délectés d’un crêpe montagnarde et d’une
crêpe au fromage de chèvre, de vin au pichet (c’est tellement pas cher, il
fallait en profiter), d’un coulant au caramel au beurre salé et d’un gâteau au
fromage Oreo. Avouez que ça donne faim ! En tout cas, repus, on a bien
dormis cette nuit-là !
C’est avec plaisir que j’ai retrouvé mon déjeuner-buffet-viennoiseries
le lendemain matin ! En mangeant, on a jasé avec l’Américaine et la
Canadienne. La première a décidément trop de diplômes : elle nous a dit
qu’elle avec un bac, 2 maitrises, 2 docs ( !!!) et un post-doc ! Assez
incroyable ! Il y avait aussi un vieux monsieur un peu bizarre qui
déjeunait avec nous, et qui semblait visiblement agacer les 2 amies par ses
interventions constantes et plus ou moins pertinentes dans leurs conversations.
Quand il a su que Mémé était médecin, il l’a prise à partie pour lui montrer
ses séquelles de polio… La chanceuse ! De mon côté, je jasais avec la
proprio de l’auberge, Nathalie, qui m’expliquait que c’était assez cher de
revenir en France depuis St-Pierre (son autre fils étudie actuellement en
France). Elle devait généralement faire St-Pierre-Montréal-Paris. « C’est
pas moins cher de revenir en France via St. John’s et Londres? », que
je lui ai demandé, curieux. « Oui, mais il faut parler anglais… » En
effet, aussi incroyable que ça puisse paraître pour quelqu’un qui vit sur un
minuscule rocher à 25km des côtes canadiennes et qui, de surcroit, travaille
dans le tourisme, elle ne parlait pas anglais ! En passant, pour les
intéressés, il semble qu’il y aura bientôt un vol hebdomadaire direct
St-Pierre-Paris. Soyez patients, car toutes les places seraient apparemment
réservées pour les premiers mois d’opération !
Vers le milieu de la matinée, on a fait nos adieux à cette superbe
auberge et Pierre nous a reconduit au bateau avec l’Américaine et la
Canadienne. Une fois passés les douanes et son groupe de jeunes du secondaire
de Terre-Neuve en voyage scolaire, on s’est retrouvés sur le bateau où on a
retrouvé les deux cousines… Elles auraient dû partir la veille mais le bateau
avait été annulé en raison d’un problème mécanique. Elles avaient donc dû
changer leurs billets d’avion depuis St-John’s ! Les pauvres ! À
bord, on a aussi retrouvé les couples d’Albertains et de Torontois.
On a par la suite quitté ce petit coin de France sympathique, salués
par un jet de rorqual ! Ce sera malheureusement la seule baleine que nous
allions voir dans ce voyage ! La mer était moins agitée et brumeuse qu’à
l’aller, mais quand même assez houleuse: l’une des cousines a manqué d’être
malade à un certain point… Elle a dû mimer « j’ai envie de vomir »
aux employés francophones du traversier, ce qui n’a pas manqué d’être
cocasse !
1h30 plus tard, de retour au Canada, on a affronté les douaniers
les plus stiff du monde pour la bouffe (mettez-vous à leur place : ils
n’ont pas énormément de travail non plus, avec 2 bateaux par jour).
« Avez-vous dans vos valises de la nourriture du Canada, que vous avez
emmené à St-Pierre, que vous n’avez pas mangé là-bas et que vous
ramenez au Canada ? » Euh, oui, j’ai des barres tendres (emballées et
produites au Canada). « Ah, je vous donne une chance cette fois-ci, mais
vous auriez dû les déclarer. » Sérieusement ? Il faut déclarer de la
bouffe canadienne emballée ? Mais pourquoi ? Quel est l’enjeu côté
sécurité ou contamination ? C’était la première fois que j’entendais
ça ! En tout cas, on a visiblement été plus chanceux que le couple
d’Albertains, qui ont été soumis à un examen secondaire de leurs effets…
On a repris l’auto et on est revenus par le littoral. On a fait un
petit détour par Frenchman’s Cove, une petite communauté de pêcheurs en bord de
plage. Ça nous a permis de nous dégourdir les jambes dans un court sentier
dans le petit parc provincial de l’endroit (même si, encore une fois, le parc
provincial tenait davantage du terrain de camping que d’un parc !). Enfin,
vers 14h, on s’est attablés au chic Pizza Delight de Marystown, non sans s’être
au préalable un peu perdus en raison d’un GPS déficient. J’y ai mangé un
« donair », un machin qui est apparemment une spécialité du Canada
atlantique. C’est en fait un hybride entre une pizza et un doner kebab. Ça va,
mais ce n’est pas de la grosse gastronomie !
Pour la suite de la journée, on avait un peu de route à faire : on
avait comme objectif de se rendre à Plaisance (aujourd’hui Placentia),
l’ancienne capitale française de Terre-Neuve. On a donc retraversé la toujours
superbe péninsule de Burin, où on s’est arrêtés pour observer les « rochers
moutons », de grosses pierres laissées au milieu de rien par les glaciers.
On a ensuite fait un pit-stop au Irving de Goobies pour mettre de l’essence
avant de reprendre la Transcanadienne pour un moment, en s’arrêtant à quelques
belvédères. Puis, on s’est de nouveau enfoncés dans les terres pour rejoindre
Plaisance. Notre arrivée en ville était magnifique, car on suivait la rivière
encastrée dans les montagnes à l’embouchure
de laquelle se trouve la ville de Plaisance. Le paysage était donc très
beau ! Après une descente un peu raide, on arrive au pont-levis
emblématique de la ville. Notre hôtel était situé tout juste à côté.
La madame de l’hôtel était décidément trop heureuse de nous voir et
nous a expliqué ce qu’il fallait savoir avec enthousiasme. Dans un moment
d’extase, elle a avisé le pont-levis : « Ah, certains ont la chance
de voir le pont levé, d’autres non… J’espère que vous pourrez le voir
levé ! » « Ah c’est comme les icebergs ! » a répondu
Mémé, établissant une comparaison étonnante !
Il était tard mais comme on n’avait pas beaucoup marché aujourd’hui, on
s’est dit qu’on irait explorer Plaisance. Ce n’est pas bien gros mais c’est
plaisant – quel trait d’esprit ! (D’ailleurs, Mémé et moi avons fait un
concours de jeux de mots sur « Plaisance » : le meilleur qu’on a
pu trouver est « ne t’en déplaise, ensemence-moi » ! La barre
est haute !) Le village est bâti sur une plage de gravier, au fond d’une
baie, avec une rivière qui ceinture la ville sur 3 côtés et de hautes montagnes
partout près de la ville. Un site défensif parfait ! Il y a un agréable boardwalk
en bord de mer où on a marché avant de s’aventurer dans le village. Ce dernier
ressemblait un peu à un village québécois, avec sa vieille église catholique au
centre et ses vieilles maisons canadiennes tout à côté.
On est revenus à l’hôtel en passant à côté du Three Sisters Pub, le
resto que la dame sympathique de l’hôtel nous avait recommandé (« they
have everything !»). Mémé a commandé un sauté végétarien, mais la serveuse
n’a pas compris et lui a amené uniquement des légumes grillés ! On lui a
alors expliqué en lui disant qu’elle pouvait amené le riz qui manquait, mais
finalement elle lui a ramené le sauté qu’elle aurait dû avoir au départ… Pas
facile !
On avait en tête d’aller marcher un peu dans un sentier pas trop loin
alors qu’il faisait encore clair. On a donc repris la voiture pour se rendre
vers Argentia, le port qui accueille le traversier saisonnier de la Nouvelle-Écosse
situé non loin de Plaisance. Cependant, on a déchanté un peu quand le GPS nous
a emmené dans un énorme parc industriel semi-abandonné, avec des bâtiments en
ruines, de la vieille machinerie et des rues à moitié défoncées… À la pénombre,
ce lieu était digne d’un film d’horreur ! Malgré tout, il y avait
plusieurs voitures qui erraient dans ce décor glauque, sans qu’on sache
vraiment pourquoi… Ce n’est qu’une fois revenus à Plaisance qu’on a
compris ! En voulant attraper (en courant) le coucher de soleil sur le
boardwalk, on s’est aperçus qu’on le voyait moins bien d’ici que d’Argentia en
raison des montagnes ! C’est donc pour ça qu’il y avait « tant de
monde » dans ce parc industriel crade !
Ne retenez pas votre souffle : finalement, on s’est couchés sans
avoir vu le pont-levis levé !
Bonnes notes historiques aussi.
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