Tour de la péninsule de Bonavista


Salut !

Vous vous souvenez qu’il avait plu violement toute la journée précédente. Eh bien, c’était à peine moins pire quand on a regardé dehors en se levant ! C’était un peu moins pluvieux mais certainement toujours aussi froid et venteux !

À l’auberge, on a déjeuné de réconfortants œufs-bacon-muffins maison accompagnés d’un bon café d’une brûlerie locale. Alors qu’on sirotait nos boissons chaudes, un couple de Québécois gays dans la cinquantaine a fait irruption dans la salle à manger. Ils étaient bien sympathiques et venaient faire de la photo : autant dire qu’ils avaient été déçus la veille et l’étaient encore aujourd’hui ! L’un des deux hommes du couple, qui parlait sans cesse (je pense que l’autre a dit 3 mots), demeurait néanmoins optimiste : « Oh, j’ai tellement hâte d’aller photographier mes p’tits puffins ! »

On a ensuite réessayé de faire une petite marche dans le village, malgré la pluie et le vent. Peine perdue, mes pieds étaient encore aussi trempés ! On a complété ce qu’on n’avait pas pu voir par un tour de voiture dans ce village décidément magnifique. Puis, on a roulé un peu pour se rendre à la pointe suivante, d’où partait la Skerkwink Trail. Selon plusieurs magazines, cette boucle de quelques kilomètres en bord de mer est l’un des plus beaux sentiers au Canada. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je peux vous dire que c’était une magnifique succession de caps, de falaises et de pots de fleur, le tout entrecoupé de points de vue sur l’océan et sur le village de Trinity. Décidément superbe ! On s’était habillés intensément pour faire face au vent et à la pluie froide, mais finalement le temps a été un peu plus coopératif et on a pu faire le sentier pratiquement sans être mouillés ! Enfin, si on exclut le fait que j’ai mis précisément le pied dans un profond trou de boue à la fin du sentier! Bravo François ! Tant pis pour les chaussettes sèches !

On s’est ensuite perdus dans les petites routes entourant Skerwink Trail, découvrant au passage une superbe auberge probablement hors de prix, pour finalement échouer au Two Whales Café. Wow ! Qui aurait cru que, dans cet endroit perdu, on trouverait un tel havre ? Dans une petite maisonnette cosy, en compagnie de quelques clientes qui bavardaient qui sirotaient un bon café, on a dégusté de délicieuses soupes maison, avec paninis végétariens accompagnés de salade et de desserts réconfortants ! Pas de friture, que des choses bonnes pour la santé (ok ok, si on exclut les brownies). Une rareté dans ce coin de pays ! Quoi de mieux pour reprendre des forces après avoir affronté les éléments ? Une adresse qu’on vous recommande chaudement !

De là, on a repris la route pour aller vers le bout de la péninsule de Bonavista. Évidemment, je voulais faire tous les détours par les petits chemins, au grand dam de Mémé ! Si cette initiative (ou ce caprice, c’est selon) nous a fait découvrir de beaux points de vue, elle nous a aussi mené vers des cul-de-sacs et des pentes en gravier un peu trop sketchs pour notre voiture de location ! Le temps s’est remis à faire des siennes, de sorte que nous n’étions pas vraiment tentés de sortir en dehors de notre cocon de métal et de plastique sur roues. Cela dit, toute bonne chose a une fin et, après avoir fait 30 minutes sur une route secondaire complètement défoncée qui aurait eu tout à fait sa place dans la campagne afghane, on est arrivés à notre destination de cet après-midi-là : Elliston, capitale mondiale autoproclamée des « root cellar ». Vous vous souvenez de ces genre de garde-mangers enterrés, qui forment des tumulus herbeux avec des vieilles portes, qu’on avait vu à Fogo ? Ben c’est ça : à Elliston, il y en a partout. Par contre, l’intérêt du truc est un peu limité pour le profane et, comme il y en a beaucoup, ça devient vite un peu redondant. Mais ce n’est pas vraiment pour ça qu’on venait ici (je sais, vous êtes déçus). On venait à Elliston pour voir les macareux, les fameux puffins de notre photographe du matin !

Elliston a beau ne pas être bien grand, on ne savait pas trop où aller pour observer les volatiles en question car aucun panneau n’indiquait la route à suivre (ce qui, quand on n’a que deux attractions touristiques à promouvoir dans un village aussi reculé, nous autorise à avoir des doutes légitimes sur l’efficacité de l’office de tourisme local). Par défaut, on s’est donc retrouvés au quai du village, où on a osé sortir de la voiture. Il faisait un temps affreux, froid, pluvieux et venteux, alors on n’est pas restés trop longtemps dehors. On est plutôt entrés dans un magasin de souvenirs adjacent, dans l’optique de se renseigner sur les macareux. Malheureusement, on est tombés sur du staff trop motivé qui, visiblement, cherchait à profiter de la manne providentielle qu’on représentait potentiellement en cette journée où le client se faisait rare. Dans la vie, il y a à mon avis deux types de vendeurs : ceux, peu communs, qui maitrisent l’art de vendre des trucs au point où ils pourraient convaincre sans problème des Inuit d’acheter de la glace, et les autres, que tu vois venir avec leurs gros sabots à dix kilomètres à la ronde. Dans ce cas, on était clairement dans la 2e catégorie ! « Venez goûter à ma confiture ! », « Prenez le temps de visiter le 2e étage, je viens de le rénover ! »… Ils étaient bien gentils, mais on venait seulement pour un renseignement… et on ne voulait rien acheter, ce qui nous rendait évidemment mal à l’aise. Après quelques politesses d’usage et avoir fait mine de nous intéresser à leurs produits juste assez longtemps pour ne pas les offenser sans toutefois paraître vraiment partants pour acheter quoi que ce soit, on a fini par leur demander où se rendre pour les macareux. Ils se sont aimablement exécutés, en cachant un peu leur déception. Mais ils n’allaient tout de même pas abandonner pour si peu ! « Généralement, les gens reviennent nous voir ensuite pour nous dire combien de macareux ils ont vu… » Ouin… J’ai comme un léger doute là-dessus ! Cela dit, bravo, on ne nous l’avait jamais encore sortie celle-là !

Bref, on a repris l’auto pour aller quelques kilomètres plus loin. Un écriteau indiquait « Puffin Park » avec un grand stationnement : ça ne pouvait être que là. En fait, pas vraiment. Au fur et à mesure qu’on marchait, il est vite devenu clair que nous étions plutôt dans un camping de tentes roulottes! Décidément! On a continué notre route pour finalement apercevoir un panneau en forme de macareux : cette fois, plus de doute possible ! On a garé la voiture à côté d’un root cellar (il y en a partout, je vous dis) et on est partis faire le sentier vers l’île aux macareux. Si Wagner avait pu renaitre sur ce cap enragé, il y aurait certainement trouvé de l’inspiration pour ses pièces musicales dramatiques, car nous étions véritablement dans un cadre épique. Sous un ciel couvert et menaçant, on avançait péniblement vers un océan déchaîné, contre un vent violent et une pluie glacée, sur une étroite langue de terre déchiquetée et dénudée, battue par des vagues qui se fracassaient des deux côtés sur de hautes falaises. Le tout en faisant bien attention de ne pas glisser sur le gazon mouillé ou de se tordre un pied dans une crevasse. Le genre d’environnement tout désigné pour une histoire où un héros mythique devrait accomplir une tâche impossible, envers et contre tous !

On s’est malgré tout acharnés dans notre quête désespérée et nos efforts surhumains ont finalement porté fruit : tout au bout, on a vu… un seul macareux, qui s’est rapidement enfui à tire-d’aile. (M-P : avec le recul, j’ai compris qu’il y en a des dizaines sur « l’île au perroquets » devant Blanc-Sablon !)

Tout ça pour ça ! On en a bien rigolé en tout cas en revenant vers l’auto, en tentant de réchauffer nos mains gelées !

De retour sur la route, on a quitté Elliston pour se diriger toujours plus au bout de la péninsule de Bonavista. Après un certain temps, on a obliqué vers le Dungeon Provincial Park. Pas de château médiéval ici mais plutôt une piscine naturelle alimentée par les courants marins s’engouffrant par 2 arches à travers la falaise. Assez impressionnant ! Le panorama était de toute beauté, avec les vagues de l’Atlantique qui frappaient toujours aussi intensément les falaises par cette journée grise. Un bel endroit pour observer la puissance de l’océan !

Enfin, on est finalement arrivés tout au bout de la péninsule de Bonavista, où se trouvait un phare. Évidemment, il a fallu que j’aille voir, même si objectivement c’était plus beau au Dungeon Provincial Park ! Pendant ce temps, Marie-Pascale restait bien à l’abri de la pluie et du froid dans l’auto. Que voulez-vous, je veux toujours me rendre jusqu’au bout ! (M-P : son optimisme est infatigable…) Après cet arrêt, on a passé au Foodland (un genre de Provigo) s’acheter à manger dans la ville de Bonavista, avant d’entamer notre retour via la route sur la côte nord de la péninsule. À la toute fin de la journée, alors qu’on quittait la péninsule de Bonavista, on a enfin eu droit à une éclaircie ! Voilà 2 jours qu’il pleuvait sans cesse : ces rayons de soleil étaient bienvenus !

De retour sur la Transcanadienne, on a roulé jusqu’au parc national Terra-Nova, notre destination finale de la journée. Contrairement à l’aller, cette fois, le parc était libre de neige ! On est arrivés au camping de Terra-Nova par la sortie d’urgence (ce n’était pas très bien indiqué) mais on a quand même trouvé par hasard le ranger qui a pu nous donner nos clés pour la tente clé en mains qu’on allait occuper pour les deux prochaines nuits. « Il y a une ourse avec 4 oursons dans le parc actuellement, elle est assez agressive. Faites attention ! » Ah merci ! Voilà exactement le genre de remarque qui fait plaisir à entendre quand on s’apprête à aller camper !

On a pris possession de notre tente Otentik, qui est en fait à mi-chemin entre la tente et le chalet. À l’intérieur, il y a des lits avec matelas, du chauffage, de l’électricité et une base en bois mais les murs sont en toile comme une tente. C’était notre première expérience et, franchement, pour du camping de luxe, c’était très agréable. En plus, on était juste deux à camper dans notre coin, ce qui était super ! Il faut dire qu’on est un peu tôt en saison…

Pour souper, après avoir eu toutes les misères du monde à partir notre brûleur à cause du vent, on a eu droit à un ragoût de bœuf déshydraté assez bon, accompagné de vin de bleuets. Et on a terminé la journée par un feu de camp, dans un endroit malheureusement un peu bof près des chalets, juste à côté d’un lampadaire. Et on est allés dormir sans se faire manger par les ours ! (M-P : et ce grâce à François qui a caché dans l’auto tout tout tout tout ce qui pouvait avoir une odeur qui attire les ours haha)

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